Bonjour,
Dernièrement, beaucoup ont pu visionner le documentaire « L’amour au temps du numérique » réalisé par Sophie Lambert sur les ondes de Télé-Québec. Vous pouvez revoir les deux parties en cliquant sur le lien suivant : http://www.telequebec.tv/documentaire/l-amour-au-temps-du-numerique/
Ce documentaire a suscité beaucoup de réactions et on pourrait même dire qu’il a créé une certaine controverse. Quoi en penser ? Ici, en tant que sexologue clinicien et psychothérapeute, je vais vous dévoiler ma vision de ce documentaire.
Contenu qui a de l’impact
J’ai écouté les deux émissions une à la suite de l’autre. Honnêtement, j’étais extrêmement intéressé par le contenu. Il est présenté de façon à susciter l’intérêt. Nous pouvons y voir plusieurs cas intéressants : une jeune fille enceinte qui ne sait pas qui est le père de son enfant (celle-ci a couché avec 104 hommes), un jeune homosexuel collectionnant les « like » sur Instagram, un jeune homme correspondant parfaitement au stéréotype du « douchebag » et qui est fier de l’être…Est-ce que le but de Sophie Lambert était de choquer les gens, de créer une bonne source de divertissement tel un émission de télé-réalité ou plutôt de peindre un portrait réaliste de la vie amoureuse des jeunes de 18-25 ans ? Je crois qu’elle avait à la fois ces trois intentions mais ce qui vient surtout à l’esprit, c’est le fait incontestable que l’échantillon de jeunes choisi dans son documentaire n’est pas représentatif de la majorité des jeunes de 18-25 ans. Donc, il faut vraiment prendre le tout avec un grain de sel. Toutefois, certains thèmes qui y sont présentés méritent sérieusement qu’on s’y penche…
Les nouveaux modèles de relation
Nous sommes maintenant en 2015 (en 2016 dans quelques semaines) et le modèle du couple monogame traditionnel semble perdre progressivement de la place chez les jeunes. Certains parleront maintenant de « fuck friend », d’ « amis avec bénéfices », d’ « amis modernes », de couples ouverts, etc…Où se situer là-dedans ? Stef, un jeune homme figurant dans le documentaire, dit que maintenant les relations c’est comme un jeu où le premier qui s’attache à l’autre perd ! Phrase assez choquante ! Personnellement, je ne vois rien de mal aux relations de type « amis avec bénéfices ». J’avais d’ailleurs écrit un article à ce sujet ici. N’oublions pas que le terme « amis » figure dans « amis avec bénéfices » ou « ami santé » comme diront certains. Donc, à la base, nous avons une relation d’amitié mais avec certains bénéfices sexuels accordés. On pourrait même voir ça comme un avantage car il y a un élargissement des expériences possibles avec son partenaire. Toutefois, le problème, c’est que beaucoup de jeunes ne sont pas suffisamment solides au niveau de leur identité pour bien vivre ce type de relations. Il ne faut pas non plus voir ce type de relations comme un jeu où l’un gagne et l’autre perd. Respect, maturité et transparence sont de mise ici…Cela permettra de respecter l’entente établie avec son partenaire par rapport à la nature de la relation. Dans le documentaire, nous voyons des jeunes qui expérimentent mais qui n’appliquent pas certains principes importants. Je pense entre autres au jeune homme qui n’avait pas avoué avoir couché avec une autre fille à sa partenaire avec laquelle il évolue dans un couple ouvert. Donc, au final, nous devons conscientiser un élargissement des modèles relationnels possibles dans la société, et ce, à la fois pour les plus vieux ! Le monde évolue constamment !
Être vs paraître
En visionnant le documentaire, j’ai été quelque peu choqué par toute la superficialité qui y est présentée. Nous voyons des jeunes qui se valorisent selon le nombre de « likes » qu’ils obtiennent sur Instagram ou le nombre de partenaires sexuels qu’ils ont eu…Il y a survalorisation du paraître et une sous-évaluation colossale de l’être. En fait, ce que le documentaire a oublié de mentionner, c’est que ce ne sont pas tous les jeunes qui sont comme ça ! Loin de là ! Cela représente davantage le portrait d’une sous-culture ! Pensons entre autres à Stef qui travaille comme barman ou la jeune fille qui fait de la promo pour vendre des événements. Je n’insinue pas que tous les gens travaillant dans ces milieux sont trop superficiels mais si nous sommes réalistes, nous pouvons constater l’importance du « paraître » dans ces domaines. Le problème, en vivant uniquement dans le « paraître », c’est que nous laissons énormément de pouvoir à l’opinion que les autres ont de nous. Nous devenons également super exigeants envers notre apparence physique et ce, en effectuant des sacrifices et au détriment d’activités plus plaisantes. En vivant dans le « paraître », nous n’apprenons pas non plus à nous connaître vraiment et à connaître vraiment l’autre dans toutes ces dimensions. D’ailleurs, c’est l’un des principaux problèmes sur les sites de rencontres….Beaucoup vont juger uniquement les photos pour évaluer les candidats potentiels. Toutefois, il est possible que certains ne soient pas photogéniques mais que par contre, leur charisme et leur magnétisme peut être très fort ! Cela ne peut être perçu sur Internet…Je tiens à ajouter aussi que le fait que les gens trop axés vers le « paraître » se connaissent peu et cela les rend encore moins aptes à vivre des relations intimes, que ce soit des relations du type « amis avec bénéfices » ou des relations de couple davantage traditionnelles. À mon avis, ils sont condamnés à vivre un scénario répété d’échecs jusqu’à temps qu’émerge chez eux une prise de conscience.
Avoir 1000 amis virtuels mais être seul
Ce qu’on constate à travers ce reportage, c’est que ces jeunes aspirent pour la plupart à trouver l’amour et fonder une famille. Il y a donc un décalage important entre ce qu’ils font et ce qu’ils veulent vraiment (je fais référence ici aux jeunes présentés dans le documentaire). Au fond d’eux-mêmes, ils se sentent seuls car leur amant est parti une fois la relation sexuelle terminée. Ils vivent ce que j’appelle de la solitude émotionnelle car ils ont pour la plupart un bon réseau social. Cette solitude émotionnelle est causée par une incapacité à se révéler aux autres tels qu’ils le sont vraiment, ceux-ci étant surtout dans le « paraître » et ayant du mal à se montrer vulnérables. Ils se déconnectent ainsi d’eux-mêmes et des autres, ce qu’ils font qu’ils se sentiront seuls d’un point de vue émotif. En regardant l’émission, certains jeunes me donnaient l’impression d’utiliser les autres pour gonfler leur égo. Il y aurait ici surcompensation pour nourrir une estime de soi fragile.
Ici et maintenant !
Finalement, je retiens la notion de gratification immédiate présentée dans le reportage. Avec les nouvelles applications de téléphones intelligents, les gens peuvent maintenant trouver un partenaire sexuel potentiel dans un rayon de X kilomètres ! Il y a donc moyen d’établir quelle est la personne la plus près de soi qui elle aussi voudrait avoir des relations sexuelles. Je fais surtout référence ici à l’application Grindr. J’admets qu’il s’avère pratique de pouvoir assouvir ses besoins avec un minimum d’efforts mais encore une fois, la conséquence est qu’on n’apprend pas vraiment à connaître l’autre. On se sert plutôt de lui pour assouvir ses besoins ou encore l’ajouter à notre tableau de chasse et se valoriser. S’il devient trop facile de rencontrer, cela peut devenir facilement un comportement compulsif qui fera en sorte que les gens en deviendront dépendants ! Dans le documentaire, Stevo utilisait justement les sites de rencontre mais il voulait simplement rencontrer quelqu’un dans le but de prendre un café. Les gars qu’il a contactés voulaient quant à eux strictement des relations sexuelles…
Mot de la fin
En guise de conclusion, je crois qu’il n’est pas mal de ne pas vouloir s’engager et de profiter de son célibat. Toutefois, l’être humain a aussi besoin d’évoluer et de se connecter aux autres. Pour y arriver, il doit se libérer de la survalorisation du « paraître », prendre le temps de se connaître soi en faisant de l’introspection et prendre le temps de connaître l’autre. L’humain doit accepter de prendre le risque de se montrer vulnérable et de s’attacher à un certain point. À la fin de votre vie, que voulez-vous avoir vécu dans votre vie relationnelle ?
Cela était mon dernier article de l’année. Je vous souhaite une joyeuse et heureuse période des fêtes. Il me fera plaisir de vous retrouver en 2016 ! D’ici là, ne vous gênez surtout pas de partager vos commentaires et réactions ! Un blog, c’est fait pour ça aussi !
Les piliers du couple: La compatibilité sexuelle (2/3)
Publié: 3 avril 2016 dans Comment améliorer sa sexualité, Problème sexuel, Sexologue MontréalTags:érotisme, blocages sexuels, chimie sexuelle, compatibilité sexuelle, préférences sexuelles, séduction sexuelle
Bonjour,
Abordons maintenant un autre pilier important du couple, c’est-à-dire la compatibilité sexuelle. Qu’est-ce que la compatibilité sexuelle ? C’est le niveau de fluidité que nous vivons avec notre partenaire sur le plan de la sexualité. Il est normal qu’avec certains individus, nous soyons très compatibles, d’autres plus ou moins et certains pas du tout. À mon avis, voici différents aspects à considérer lorsque nous parlons de compatibilité sexuelle :
L’érotisme privilégié : Je reçois parfois des couples où l’un apprécie davantage la tendresse et les massages alors que l’autre préfère le côté animal (mordre, embrasser fougueusement, beaucoup d’agressivité phallique, etc…) C’est toujours préférable quand les deux partenaires sont sur la même longueur d’onde par rapport à l’érotisme qui est privilégie. Comme sexologue clinicien, je recommande à chacun d’intégrer les érotismes fusionnels et antifusionnels afin justement d’être compatible avec un plus grand nombre de partenaires.
Limites et blocages sexuels : La sexualité représente aussi un acte créatif qui se joue à deux. La liberté de l’un se réduit aux limites de l’autre. Par exemple, si votre conjointe n’apprécie pas le sexe oral, il y a un comportement sexuel de moins qui peut être exercé. Si les deux membres de la dyade sont affectés par les mêmes blocages, il peut y avoir une certaine compatibilité sexuelle dans le sens qu’ils auront une sexualité confortable dans laquelle ils se sentent à l’aise. Toutefois, mieux vaudrait consulter en sexothérapie pour remédier à ces blocages et développer son plein potentiel érotique. S’il y a trop de blocages, la sexualité peut devenir complexe et manquer de fluidité. Si l’érotisme fusionnel n’est pas intégré, il y a blocage affectif (inhibition dans l’expression de sentiments et de tendresse). Si l’érotisme antifusionnel n’est pas intégré, il y a blocage sexuel (inhibition dans l’expression de l’animalité)
La chimie des corps : Il s’avère important de se sentir à l’aise physiquement avec son partenaire. Parfois, nous pouvons aimer quelqu’un profondément mais ne pas être attiré sexuellement par cette personne. Parfois, c’est une question d’odeur…parfois c’est que notre conjoint n’a pas le type de corps qui nous attire davantage. Il y a aussi tout ce qui est relié au sex-appeal…Nous avons tous des codes d’attraction sexuels qui définissent des caractéristiques chez l’autre qui nous attirent. S’il y a un grand décalage entre ces codes et les attributs de notre partenaire, il peut y avoir manque de compatibilité sexuelle.
Le timing : Certains préfèrent des relations sexuelles le matin, d’autres le soir. Il peut s’avérer difficile de maintenir une bonne fréquence de relations sexuelles s’il est difficile de trouver un moment dans la journée où les deux ont envie de passer à l’acte.
La relation comme telle : S’il y a des problèmes relationnels entre vous et votre partenaire, votre sexualité en sera probablement affectée. Par exemple, si vous êtes trop gêné pour communiquer vos préférences, il sera plus difficile pour votre conjoint de vous faire plaisir.
En conclusion, je dirais qu’il y a un grand continuum entre la rigidité et la fluidité. À un opposé, il y a l’individu plein de blocages sexuels qui est attiré par très peu de caractéristiques et à l’autre extrême du continuum, il y a l’individu ayant intégré les érotismes fusionnels et antifusionnels qui peut être attiré par beaucoup de caractéristiques différentes.
Ainsi, je recommande aux gens de ne pas avoir peur d’expérimenter différentes choses afin de devenir plus flexible. Également, j’encourage chacun à toujours bien communiquer ses préférences et ses limites quand nous parlons de sexualité.
En espérant que cet article ait pu vous inspirer. Mon dernier article de cette série parlera justement de communication !